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C3D: Synthèse du Colloque sur l'Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC)

C3D: Synthèse du Colloque sur l'Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC)

1. Ce colloque, et ce qu’il révèle du moment économique

Le colloque organisé par le C3D le 05/02/2026, constitue moins un événement de sensibilisation qu’un moment de bascule politique, économique et intellectuelle pour l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC). La diversité des intervenants – responsables politiques, institutions publiques, entreprises, financeurs, experts – signale que l’EFC n’est plus un objet marginal ou expérimental, mais un sujet de structuration macro-économique.

Un fait majeur ressort d’emblée : l’EFC n’est plus défendue uniquement au nom de la transition écologique, mais au nom de la souveraineté économique, de la compétitivité industrielle et de la résilience territoriale. Ce déplacement du registre argumentatif est central et traverse l’ensemble des interventions.

2. Une rupture assumée avec l’économie linéaire et ses fictions

2.1 La critique frontale de la « soutenabilité faible »

Dès l’introduction, plusieurs intervenants dénoncent explicitement le cadre intellectuel dominant de l’économie néolibérale, qualifié de mensonge systémique : celui d’un monde infini, d’un découplage absolu entre croissance économique et pression sur les ressources, et d’une foi excessive dans l’innovation technologique comme solution autonome.

Le discours est sans ambiguïté :

  • les ressources naturelles ne sont ni infinies ni substituables à l’infini,
  • les transitions technologiques s’empilent plus qu’elles ne remplacent,
  • l’économie actuelle consomme le monde plus qu’elle ne le transforme.

Ce positionnement rompt avec une écologie « d’optimisation » pour entrer dans une écologie de la décision, où la question centrale devient : à quoi allouons-nous les ressources rares ?

2.2 De la pollution résiduelle comme objet politique

Un point rarement assumé dans les discours économiques est ici clairement posé : il n’existera jamais d’activité économique totalement propre.

La question n’est donc pas de supprimer toute pollution, mais de décider démocratiquement quelles pollutions résiduelles sont acceptables, et pour quels usages prioritaires.

L’EFC est alors présentée non comme un outil de « verdissement », mais comme un cadre de hiérarchisation des usages, capable de réconcilier économie, justice sociale et limites planétaires.

3. Définir l’EFC : une approche systémique, pas un produit

3.1 Une définition volontairement non figée

Les intervenants refusent une définition figée de l’EFC. Cette plasticité est assumée comme une force : l’EFC est décrite comme une approche systémique, une grille de lecture permettant de repenser simultanément :

  • l’offre,
  • l’organisation du travail,
  • la création de valeur,
  • la répartition de cette valeur,
  • le périmètre de responsabilité des acteurs.

Deux grandes logiques complémentaires sont identifiées :

  1. la vente de performance d’usage,
  2. la vente de l’usage d’un bien sur l’ensemble de son cycle de vie.

Dans les deux cas, le cœur du modèle n’est plus l’objet vendu, mais l’effet utile rendu.

3.2 Moins de produits, plus d’usage

Une formule revient comme un fil rouge : moins de produits, plus d’usage.

Ce renversement implique une transformation profonde :

  • du design (robustesse, démontabilité, réparabilité),
  • des modèles économiques (revenus récurrents, contrats de performance),
  • des relations clients (coopération, retour d’usage),
  • des chaînes de valeur (services associés, relocalisation).

Il ne s’agit donc pas d’un simple modèle locatif, mais d’un changement de logique industrielle.

4. L’EFC comme levier de souveraineté et de compétitivité

4.1 La dépendance aux matières premières comme point de départ

Le colloque s’appuie sur un constat partagé : l’Europe est massivement dépendante de pays tiers pour l’approvisionnement en matières premières critiques (énergie, métaux, minerais).

Cette dépendance est désormais perçue non seulement comme un risque écologique, mais comme une fragilité géopolitique et économique majeure.

4.2 Préserver l’existant plutôt que recycler l’irréparable

Un point fort du colloque est la critique du recyclage comme solution centrale.
La « vraie circularité » n’est pas le recyclage, mais la préservation de l’existant :

  • les métaux critiques ne se dégradent pas à l’usage s’ils sont intégrés dans des équipements robustes,
  • le système comptable actuel les traite pourtant comme des actifs qui se déprécient mécaniquement,
  • ce biais incite à des stratégies de design to cost destructrices.

L’EFC propose au contraire une logique de pérénité programmée, transformant les produits en banques de matériaux.

5. Le verrou central : la comptabilité et la finance

5.1 Le paradoxe comptable fondamental

Un paradoxe est martelé à plusieurs reprises : dans notre système comptable actuel, ce qui dure vaut moins.

Un objet conçu pour 30 ans est comptablement moins valorisé qu’un objet conçu pour 5 ans, car il « immobilise » le capital et ralentit la rotation financière.

Ce paradoxe est identifié comme le principal frein au passage à l’échelle de l’EFC, bien plus que les obstacles technologiques ou industriels.

5.2 Financer la durabilité avec des outils d’obsolescence

Les entreprises engagées dans l’EFC se retrouvent sommées de :

  • financer la longévité,
  • supporter des flux financiers irréguliers,
  • assumer des investissements lourds en amont,

… avec des outils comptables, fiscaux et financiers conçus pour la vente de volume.

Le colloque converge vers une demande claire : adapter les mécanismes d’amortissement, de valorisation et de financement à la longévité réelle des actifs.

6. Le financement long terme : condition de possibilité de l’EFC

6.1 L’Everest du financement

La table ronde dédiée au financement qualifie explicitement le sujet de « Everest ». Sans financement long terme adapté, il n’y a pas d’économie de la fonctionnalité viable.

Les freins identifiés sont :

  • l’aversion au risque face aux flux d’usage,
  • l’inadéquation des ratios financiers classiques,
  • la difficulté à valoriser les actifs immatériels et relationnels.

6.2 Un enjeu systémique, pas sectoriel

Le colloque insiste sur le fait que ces freins ne relèvent pas de la responsabilité exclusive :

  • des entreprises,
  • des banques,
  • ou des pouvoirs publics.

Il s’agit d’un problème systémique, nécessitant une transformation coordonnée des règles du jeu.

7. L’EFC comme transformation du travail et des compétences

7.1 Des emplois non délocalisables

Un bénéfice régulièrement cité, mais rarement quantifié, concerne l’emploi :

  • maintenance,
  • réparation,
  • reconditionnement,
  • services associés.

Ces activités créent des emplois locaux, qualifiés et non délocalisables, contribuant à la résilience territoriale.

7.2 Montée en compétences et nouveaux métiers

L’EFC implique :

  • plus de formation,
  • une montée en compétences techniques et relationnelles,
  • l’émergence de nouveaux métiers hybrides.

Ce point est évoqué comme un bénéfice collatéral, mais il constitue en réalité un enjeu central de transformation des organisations.

8. La coopération comme condition de performance

8.1 Coopération plutôt que concurrence

La coopération n’est pas présentée comme une valeur morale, mais comme un levier de performance :

  • coopération avec les usagers (retour d’usage),
  • coopération entre entreprises,
  • coopération territoriale.

L’EFC redéfinit la relation client : l’usager devient co-producteur de performance.

8.2 Une autre communication économique

Plusieurs témoignages soulignent que des entreprises ont mis en œuvre des modèles EFC sans même les nommer ainsi. Ce constat montre que l’EFC est parfois une pratique avant d’être un concept, révélant une autre manière de communiquer, de fidéliser et de créer de la valeur.

9. L’empreinte matière : rendre visible l’invisible

Un outil est présenté comme clé : l’empreinte matière.

Contrairement à l’ACV classique, elle vise à mesurer :

  • les ressources non extraites,
  • les matières préservées,
  • l’allongement effectif de la durée de vie des composants.

Cet outil est présenté comme indispensable pour rendre l’EFC mesurable, pilotable et finançable.

10. Le rôle des politiques publiques

10.1 Un alignement encore incomplet

Les interventions politiques reconnaissent :

  • l’intérêt stratégique de l’EFC,
  • son potentiel pour la souveraineté,
  • la nécessité d’un cadre incitatif.

Mais elles reconnaissent aussi que :

  • le droit comptable,
  • la fiscalité,
  • la commande publique

ne sont pas encore pleinement alignés avec les logiques de l’EFC.

10.2 La commande publique comme levier majeur

Avec près de 50 milliards d’euros d’achats publics (hors défense), la commande publique est identifiée comme un levier structurant pour faire basculer les modèles économiques vers l’usage.

11. Ce que le colloque ne tranche pas

Plusieurs questions restent ouvertes :

  • comment arbitrer démocratiquement les usages prioritaires ?
  • comment éviter une EFC réservée aux grandes entreprises ?
  • comment répartir équitablement la valeur créée ?
  • comment former massivement aux compétences requises ?

Le colloque ne prétend pas y répondre entièrement, mais il les pose clairement, ce qui constitue déjà un progrès.

12. Conclusion : l’EFC comme nouveau paradigme de prospérité

Ce colloque marque une étape importante : l’EFC n’est plus une alternative marginale, mais un candidat sérieux au statut de paradigme économique.

Non pas parce qu’il promet une croissance verte illimitée, mais parce qu’il :

  • reconnecte l’économie aux réalités physiques,
  • réconcilie usage, valeur et responsabilité,
  • ouvre la voie à une prospérité fondée sur la durée, la coopération et la sobriété choisie.

La question n’est plus pourquoi l’EFC, mais comment adapter nos règles du jeu pour la rendre pleinement opérante.

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Pour voir la capture vidéo sur YouTube.

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